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Acides gras trans et risque cardio-vasculaire

A la suite de diverses publications scientifiques émanant des USA, dont celle de Willett et al (" Intake of trans fatty acids and risk of coronary heart disease among women ", Lancet, 1993, 341 : 581-585), la question suivante s’est posée : les acides gras trans (AGT) présents dans l’alimentation des Français favorisent-ils le risque de maladies cardio-vasculaires (MCV), comme cela a été observé et rapporté pour la population américaine, sachant que celle-ci consomme, selon les estimations, entre 2 et 5 fois plus d’AGT que la population française ? En d’autres termes, existe-t-il un seuil de consommation au delà duquel le risque MCV n’est pas négligeable ? Pour répondre à ces questions, l’Iterg s’est engagé, en 1995, dans une étude biomédicale, avec l’accord du Comité de Protection des Personnes dans la Recherche Médicale, de Bordeaux, en collaboration avec le Laboratoire de Lipochimie Alimentaire de l’Université Bordeaux I (Professeur Entressangles). Cette étude est maintenant terminée.

Plus de 200 femmes parturientes et non parturientes ont été recrutées, entre 1995 et 1999, dans les Services de Gynécologie et Obstétrique des Professeurs DALLAY et LENG (maternités Pellegrin, CHU de Bordeaux). Il ressort qu’en Aquitaine la consommation moyenne d’AGT, établie à partir d’enquêtes alimentaires, est de 2,7 g par jour et par personne, correspondant à 1,3% de l’apport énergétique total. Ces chiffres, confirmés par la teneur en AGT du tissu adipeux des sujets qui est un bon reflet de la consommation en AGT des mois précédents, placent la France en situation intermédiaire par rapport aux autres pays Européens. Nous consommons plus d’AGT que les pays du Sud (Espagne, Grèce : 1 - 2 g) mais moins que ceux du Nord (Pays Bas, Grande Bretagne, … : 3 - 5 g ). Ce niveau de consommation est très inférieur à celui des USA ou du Canada (8 -10 g).

L’origine alimentaire des AGT a été identifiée. Elle est pour environ 60% "animale" (graisses de ruminants) avec une forte contribution des matières grasses laitières (50%) et 40% "végétale" (matières grasses partiellement hydrogénées). Depuis 1996, la plupart des margarines et pâtes à tartiner fabriquées en France ayant un taux d’AGT inférieur à 1%, ce sont les produits manufacturés (biscuits et viennoiseries industrielles, plats cuisinés, …) qui constituent actuellement la principale source alimentaire d’AGT d’origine végétale.

Le niveau de consommation en AGT de cette population française s’est avéré sans incidence sur les paramètres sanguins prédictifs du risque cardio-vasculaire. On n’observe pas d’augmentation des LDL athérogènes, ni de diminution des HDL protectrices du risque cardio-vasculaire. Ce niveau est donc inférieur au " seuil de consommation en AGT " à partir duquel ces effets ont été observés. Compte tenu de nos résultats et de ceux rapportés dans la littérature, ce seuil pourrait se situer entre 1,3% et 3% d’AGT consommés par rapport à l’énergie totale.

Ce travail a bénéficié du soutien financier de la Chambre Syndicale de la Margarinerie (CSM), de l’Organisation Nationale Interprofessionnelle des Oléagineux (ONIDOL), de l’Office National Interprofessionnel des Oléagineux, Protéagineux et Cultures Textiles (ONIOL - ex-SIDO), du Syndicat Général des Fabricants d’Huile et de Tourteaux de France (SGFHTF) et d’une convention CIFRE (n° 538 / 96).