On connaît l’importance des acides gras linoléique (18:2 n-6) et alpha-linolénique (18:3 n-3). L’édition 2001 des Apports Nutritionnels Conseillés (1) (ANC) préconise une valeur 5 pour le rapport n-6 et n-3 soit un apport en acide linoléique (2) s’élevant à 4% de l’apport énergétique total (3) (AET) et un apport en acide alpha-linolénique (4) égal à 0,8% de l’AET. Cependant, les données disponibles sur la situation française sont rares et incomplètes, en particulier en raison du manque de données sur la teneur en 18:3 n-3 des tables de composition des aliments.
L’étude biomédicale conduite par l’Iterg en Aquitaine entre 1996 et 1999, a permis d’évaluer la consommation et les origines alimentaires du 18:3 n-3, pour cette région, à partir d’un questionnaire remis à 140 femmes dont 61 enceintes, exploité avec le " logiciel Fruit d’Or " (5) enrichi spécifiquement avec les teneurs en 18:3 n-3 des aliments cités dans l’enquête et analysés. Dans une perspective de Santé Publique, certaines approches sont encore à valider, concernant en particulier le choix de " biomarqueurs " de consommation et/ou d’état nutritionnel. (Ce travail est l’un des objectifs de l’étude en cours du tissu adipeux et du plasma).
Apports en lipides La contribution des lipides aux apports énergétiques totaux est la même pour les deux groupes de sujets ; elle représente en moyenne 44% de l’AET, confirmant l’effort à faire pour réduire cet apport. Les proportions relatives entre acide gras saturés (AGS), acide gras monoinsaturés (AGMI), acide gras polyinsaturés AGPI et acides gras trans (AGT) sont les suivantes : AGS (41,6%), AGMI (39,4%), AGPI (15,8%) et AGT (3,2%). On remarque, pour les AGS et les AGMI, le déséquilibre entre apports effectifs et ANC. Quant aux AGPI totaux, séries n-6 et n-3 confondues, leur part (15,8% des acides gras totaux consommés) est correcte par rapport aux recommandations nutritionnelles (15%). Les Apports Nutritionnels Conseillés (ANC) en lipides ont fait l’objet de révisions en 2000 par la communauté scientifique. Quelques modifications ont été apportées par rapport à l’édition précédente de 1992. En bref, la consommation de lipides ne devrait pas excéder 33% de l’apport énergétique total (AET), dont 8% d’acides gras saturés (AGS), 20% de monoinsaturés (AGMI) et 5% de polyinsaturés (AGPI). Ainsi, les recommandations préconisent moins d’AGPI (15% des acides gras totaux contre 25% en 1992), plus d’AGMI (60% contre 50%), les proportions d’AGS restant à 25%. Un certain nombre de travaux scientifiques ont amené à proposer la baisse des AGPI pour leur implication possible dans certaines pathologies comme le cancer. Cependant, on constate, actuellement, qu’il y a trop de contradictions au niveau des résultats acquis chez l’homme pour établir clairement un lien entre la nature et la quantité des graisses alimentaires et le cancer. Un programme " Action Nutrialis ", soutenu par les pouvoirs publics et la Fédération Nationale des Industries de Corps Gras, sera consacré en 2001-2002 à l’étude des relations entre consommation d’AGPI et cancer du sein chez la femme.
Apports en acides linoléique et alpha-linolénique
En moyenne, les apports quotidiens sont de :
8,9 g/pers. (± 4,2), soit 4,4% de l’AET pour le 18:2 n-6
0,7 g/pers. (± 0,2), soit 0,34% de l’AET pour le 18:3 n-3
le rapport 18:2 n-6 / 18:3 n-3 est égal à 14
Par rapport aux nouvelles recommandations, la consommation moyenne d’acide linoléique est acceptable, en revanche, celle d’acide alpha-linolénique est insuffisante et devrait être au minimum doublée. La valeur moyenne du rapport 18:2 n-6 / 18:3 n-3, égale à 14 pour cette population, pourrait ainsi se rapprocher de 5. Cependant, si le raisonnement sur les valeurs moyennes paraît aisé par rapport aux objectifs à atteindre, l’approche individuelle semble délicate eu égard aux grandes différences observées entre sujets, au travers de l’échelle des valeurs du rapport 18:2 n-6 / 18:3 n-3 qui sont comprises entre 3 et 49.
Origines alimentaires de l’acide alpha-linolénique Pour la population considérée et les habitudes alimentaires déclarées, les trois origines principales du modeste apport journalier en acide a-linolénique sont les matières grasses laitières (MGLA), les autres matières grasses animales (MGAx) et les matières grasses végétales (MGVx). Globalement on constate que les trois quarts de l’apport en 18:3 n-3 sont d’origine animale. L’apport quotidien en acide 18:3 n-3 est assuré à 46% par les MGLA, 27% par les MGAx et 27% par les MGVx. Ces dernières correspondent, à parts égales, à trois catégories d’aliments qui sont les huiles végétales (en bouteille), les produits manufacturés et les légumes/fruits. Il est également intéressant de souligner la part importante occupée par les fromages (29% des MGLA). Viennent ensuite certaines pâtisseries et viennoiseries (25%), les laitages (19%), le beurre (18%) et le lait (9%). Malgré leur taux de matière grasse très faible, les légumes constituent une source intéressante en raison de la forte représentation du 18:3 n-3, comparée aux autres acides gras. La contribution des huiles à l’apport en 18:3 n-3 est relativement mineure (9%). On peut l’expliquer par les faibles teneurs en acide alpha linolénique des deux huiles les plus consommées en Aquitaine : huile de tournesol et huile d’olive . En effet, l’huile de tournesol représente près de la moitié de la consommation et l’huile d’olive, le tiers. Or, leur teneur respective en 18:3 n-3 n’excède pas 0,15% et 0,6% par rapport aux acides gras totaux. Après pondération du niveau de consommation, les huiles végétales participent à cet apport dans l’ordre décroissant suivant : huile d’olive, huile de colza > huiles de mélange, huile de noix > huile de tournesol. Les autres huiles (germe de maïs, soja, arachide et pépins de raisin) étant peu consommées, leur contribution est minoritaire.
Teneurs en acides linoléique et alpha-linolénique du tissu adipeux et du plasma Les teneurs du tissu adipeux en 18:2 n-6 et 18:3 n-3 sont variables et corrélés à l’alimentation des individus : le 18:2 n-6 représente 14% par rapport aux acides gras totaux (échelle de 5 à 28%) ; le 18:3 n-3, 0,5% (échelle de 0,1 à 1%). Comparé à l’alimentation, le rapport 18:2 n-6 / 18:3 n-3 dans le tissu adipeux est 2 fois plus élevé (28 contre 14), ce qui traduit un stockage 2 fois plus faible pour le 18:3 n-3. Ces résultats confirment les différences métaboliques (transformation et/ou oxydation) reconnues entre ces deux acides gras indispensables, en faveur du 18:3 n-3. Dans le plasma, ce sont les esters de cholestérol (EC) qui "concentrent" ces acides gras polyinsaturés et plus particulièrement le 18:2 n-6 (53% de 18:2 n-6, 0,42% de 18:3 n-3). Cette étude met en évidence une corrélation positive entre les pourcentages de 18:2 n-6 dans les EC plasmatiques et ceux du tissu adipeux . Ces résultats suggèrent d’utiliser les EC plasmatiques comme "biomarqueurs" non invasifs des apports en acide linoléique, dans la mesure où le niveau de 18:2 n-6 dans le tissu adipeux est considéré comme le reflet de sa consommation. Cette étude a été soutenue financièrement par l’ONIDOL.